Compression du temps, non je ne délire pas

Mon dernier billet date du 8 août. Nous sommes aujourd’hui le 29 août, près de 3 semaines plus tard.

Je m’étais fait la promesse d’écrire plus régulièrement car je vis l’écriture comme un exutoire de mes angoisses, entre autres.

Et pourtant, 3 semaines se sont écoulées avant que je ne trouve – le temps – de revenir par ici.

Le temps.

Je crois que cette chose, ce concept, cette idée, est la pire chose que l’homme ait à appréhender dans sa vie. Et toutes les to-do-lists du monde resteront toujours vaines dans cette quête de maîtrise du temps.

Comme l’eau subissant inévitablement les lois de la gravité, le temps s’écoule sans que personne ne puisse jamais trouver comment fermer le robinet.

Une fois ouvert, il laisse s’écouler sans interruption ce liquide si précieux et la seule chose que nous puissions faire, c’est de constater l’hémorragie, navrés de ne connaître aucun garrot efficace.

Je viens de terminer de lire l’interview du sociologue Hartmut Rosa sur l’accélération du temps. Je ne connaissais pas ce brillant intellectuel il y a encore quelques heures, et quelle ne fut pas ma stupeur de constater, que d’autres personnes, certes plus réfléchies que moi, partagent mon constat, celui que j’ai nommé il y a quelques mois déjà la compression du temps.

Selon cette théorie, considérée comme farfelue par beaucoup, le temps subit une compression de plus en plus étroite qui affecte notre perception de son écoulement.

N’avez-vous pas l’impression de n’avoir le temps de rien faire ?

Maigrir, jouir, travailler, courir, nettoyer, travailler, faire l’amour, repasser, travailler, rire, plaire, aimer, travailler, réussir, s’enrichir, procréer, élever, travailler et être aimé.

Pour ce sociologue, notre société moderne  nous pousse à performer à tous les niveaux au risque  de subir un enclavement social pouvant s’avérer fatal.

Il nous faut aller vite, connaître une carrière remarquable, rencontrer une personne respectable, l’aimer, construire une famille adorable, apprendre une troisième langue, pouvoir jouer quelques notes de piano, briller sur Excel, éblouir sous Powerpoint et toujours afficher un statut Facebook, qui doit susciter, l’envie, la sympathie, la jalousie et le respect de ses pseudo amis.

Et ces to-do-lists à n’en plus finir ne laissent que peu de temps au partage sincère, à l’amitié véritable et à l’amour brut.

Et même si je crois réussir à préserver ces fondamentaux, je m’aperçois que ma vie glisse entre mes doigts.

Face à la vigueur de cette eau qui coule du robinet, mes mains ont beau se resserrer en creuset accueillant, je ne peux que constater la déferlante, impuissante.

Quel sera mon constat lors de mon dernier souffle. Vais-je construire une famille heureuse et épanouie alors que toute notre planète est bouleversée ? Serai-je un jour une brillante dirigeante, juste et appréciée, ayant su faire du business un levier de développement humain ? Pourrai-je écrire un roman palpitant et passionnant ?

Cette soif de réussite, vais-je parvenir à l’assouvir et s’agit-il vraiment du chemin vers le bonheur ?

Je sais qu’aujourd’hui, j’ai de la chance.

Celle d’avoir une famille aimante, un homme adorable, des amis peu nombreux mais inestimables. Je vis dans un pays prospère, j’ai un emploi, je peux manger des légumes bio et me divertir au restaurant.

Mais tout cela suffira-t-il à m’épanouir ?

“Impossible, eût-il dit. Il faudra bien qu’advienne quelque chose de différent, quelque chose de vraiment digne, qui permette de dire : maintenant, même si c’est fini, tant pis”. Dino Buzzati, Le désert des Tartares.

J’espère parvenir à ce quelque chose de vraiment digne… je vous présenterai bientôt comme je crois pouvoir y arriver.

août 29, 2010. La vie.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

URI du rétrolien

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.